Préservons les forêts, nos alliées contre le réchauffement climatique

Par Alexandre Villard-Magnand, adhérent REV région Rhône-Alpes

Photo Felipe Dias

Les espaces forestiers permettent de stocker efficacement une grande partie du carbone présent dans l’atmosphère et sont indispensables à la biodiversité. Il convient de le rappeler alors même que le gouvernement envisage d’éventrer une partie de la forêt amazonienne afin de piller l’or présent en Guyane.

Les forêts ont de multiples fonctions ; elles permettent l’approvisionnement en bois, elles interviennent dans le bon fonctionnement du cycle de l’eau et protègent des inondations. En plus de tous ces avantages qu’elles apportent à nos sociétés humaines, elles abritent aussi une grande biodiversité et demeurent le deuxième puits de carbone de notre planète, derrière les océans.

Les forêts, d’importants puits de carbone

Le mode de vie humain actuel est générateur d’une grande quantité de gaz à effet de serre, dont beaucoup est du CO2, il est donc essentiel de sauvegarder toutes les sortes de « puits » pour stocker et réduire le surplus de carbone présent dans notre atmosphère.

Pour que les forêts soient efficaces dans leur rôle de puits de carbone grâce à la photosynthèse, processus qui va fixer les molécules carbonées dans la végétation, il existe deux solutions : augmenter le nombre d’arbres et augmenter des superficies forestières, grâce à la naissance de forêts de manière spontanée ou grâce à la main de l’humain (en plantant). 

Cependant, les arbres ne sont pas les seuls puits dans un espace forestier. Moins bien connu pour son utilité en tant que réservoir, le sol des forêts est pourtant de 3 à 4 fois plus efficace que la végétation en elle-même et est bien plus stable puisqu’il fixe le carbone dans les minéraux pour des centaines d’années. 

Une augmentation des espaces forestiers et de leur flore va avoir pour effet d’accroître la matière organique présente dans le sol et ainsi améliorer leur capacité de stockage.

C’est donc conjointement par la pédogenèse, l’évolution du terrain forestier et son enrichissement en carbone,  et la végétation que ces espaces rempliront plus efficacement leur rôle de « puits ». 

Aujourd’hui, nos forêts compensent à hauteur de 11 % les émissions de gaz à effet de serre de la France. Sortir des énergies fossiles demeure donc une nécessité malgré leur aide dans la lutte pour réduire le réchauffement climatique.

Ce raisonnement et ce constat sont aujourd’hui partagés à l’échelle mondiale, il ne s’agit donc de bon sens que d’œuvrer pour la préservation des forêts et de leur sol. On rejoint ainsi le fameux programme 4/1000, visant à augmenter la teneur en carbone organique des terres forestières à l’échelle planétaire afin de compenser le plus possible les émissions dues à l’activité humaine. Les forêts, sans être l’unique réponse, font partie des solutions offrant l’espoir de relever le défi du siècle, gérer la crise écologique.

Le non-sens du projet Montagne d’or

En Guyane, au cœur de la forêt tropicale, le gouvernement français a prévu de valider l’exploitation des ressources en or de ce département sous l’appellation de projet Montagne d’or.
Les miniers creuseraient l’équivalent de trente-deux stades de France dans la forêt amazonienne et à proximité de plusieurs sites protégés faisant fi de l’impact écologique négatif d’une telle activité.
Le consortium russo-canadien qui serait en charge de cette exploitation devrait, selon les estimations, pouvoir extraire 6.7 tonnes du précieux métal par an pendant douze ans. Mais à quel prix ? Sachant qu’une tonne de roche ne contiendrait en moyenne que 1 à 2 grammes d’or et que l’extraction amènerait à détruire la végétation et le sol, pourtant si utiles pour limiter l’impact de nos émissions de gaz à effet de serre. 

Les enjeux écologiques de ce projet sont énormes. En l’état actuel, les moyens technologiques pour extraire l’or sont extrêmement demandeurs en énergie et risqués pour la biodiversité et les populations du territoire. Il est estimé que les besoins énergétiques de l’usine représenteraient à eux seuls 20% de la consommation actuelle de la Guyane.

D’après l’association  Sauvons la forêt, l’industrie minière nécessiterait 14 000 litres d’eau par heure.
WWF dénonce aussi le projet et le qualifie de « désastre écologique » et « de mirage économique ». L’association affirme que le promoteur prévoit d’utiliser 57 000 tonnes d’explosifs et 46 500 tonnes de cyanure afin d’extraire l’or de la roche. En effet, séparer l’or de la roche nécessite des explosifs et un traitement avec ce poison pollue les cours d’eau, ce qui a déjà été le cas au Brésil suite à la rupture d’une digue sur un site similaire.

Une population locale menacée

En plus d’être un projet anti-écologiste, cette industrie met en péril les modes de vie et la santé des peuples autochtones. L’Union des Travailleurs de Guyane dénonce une volonté néocolonialiste de la part du gouvernement français, venant piller les richesses des terres amérindiennes et faisant endurer tous les risques sanitaires à une population autochtone qui ne verra que de faibles retombées économiques positives sur son territoire.

Un des arguments les plus utilisés par le gouvernement pour justifier cette prise de risque est la création d’emplois dans une région très touchée par le chômage. Cependant, cette logique très court terme et obsolète ne tient pas face aux conséquences sur le long terme que subiraient toute la biodiversité locale et les populations autochtones. 

Nicolas Hulot, ministre de l’Écologie, se prononce lui-même en défaveur du projet Montagne d’or, « Personnellement, il me semble surdimensionné pour des bénéfices économiques en termes d’emplois plutôt aléatoires, avec un impact écologique non négligeable », a-t-il déclaré le 21 juin sur France Info.

Alors que l’humain connaît une crise écologique sans précédent, ce projet apparaît comme une aberration. Détruire des parcelles entières de la forêt amazonienne afin de creuser un gigantesque trou pour récupérer de l’or, alors que son exploitation n’est pas indispensable puisque les besoins industriels sont largement couverts par la filière du recyclage, est la preuve que le profit sur le court terme prime sur la nécessité du puits de carbone regorgeant de vie qu’est la forêt amazonienne. 

La Guyane, mine de la biodiversité

La forêt tropicale de Guyane est encore intacte et contient près de la moitié de la biodiversité française. La forêt est partout, à quelques mètres des habitations, des routes et même de l’aéroport de Cayenne, il est possible d’observer une grande variété d’animaux, comme des boas, des singes hurleurs ou sapajous et des espèces bien moins connues.

Le projet Montagne d’or se situerait entre deux grandes réserves biologiques intégrales où sont préservées plus de 2 000 espèces dont 127 protégées ou uniques au monde. 

Cette zone d’une biodiversité extraordinaire fait partie du poumon de notre planète, la forêt amazonienne, et elle doit être préservée de toute activité la mettant en péril. 

La Guyane est le seul endroit où la France et donc l’UE ont le pouvoir d’agir directement sur cette immense forêt tropicale qui se réduit un peu plus chaque année à cause de l’exploitation industrielle.
Au lieu de chercher à en s’approprier les ressources ne devrions nous pas la sauvegarder et ainsi être un exemple dans le traitement de cette forêt, élément essentiel du patrimoine du vivant ?

 

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