Par David Joly, Coordinateur REV Hauts-de-France

Les dernières élections municipales tenues en ce début d’année 2020 resteront dans l’histoire de la REV comme celles ayant vu pour la première fois des candidats portant ses couleurs et ses valeurs entrer dans le processus électoral français.

Ce baptême s’est fait de manière sobre, puisqu’initié uniquement au sein de cinq communes : Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines (liste 100 % REV), Paris, Strasbourg dans le Bas-Rhin, Montpellier dans l’Hérault et Colomiers en Haute-Garonne.

Au-delà des scores obtenus plutôt honorables (notamment 4,22 % pour la liste 100 % REV malgré des moyens nettement limités), ce premier coup d’essai était l’occasion d’engranger une expérience par rapport à l’exercice, ce afin d’être encore plus aguerri pour les prochaines échéances électorales.

Ces dernières auront lieu dans un an, dans le cadre des élections départementales et régionales qui vont se tenir au cours de l’année 2021.

Pour certaines régions, il apparaît capital qu’une force représentant l’éthique écologique, colonne vertébrale de la REV, se présente et propose une alternative à la politique agressive, mortifère et destructrice envers le vivant qui est pratiquée depuis cinq ans par les conseils régionaux en place.

L’un des exemples flagrants de ce culte de la destruction et que nous allons développer ci-dessous se tient au sein de la région des Hauts-de-France, où Xavier Bertrand travaille sans relâche depuis 2015 à l’anéantissement de la nature et de toutes ses composantes.

Merci qui ? Merci François Hollande

Petit retour en arrière : en 2015 vient le moment, pour les citoyens français, de voter afin de renouveler les membres de leurs conseils régionaux.

Au sein des Hauts-de-France, la majorité alors à la tête de la région est clairement estampillée à gauche, composée essentiellement de représentants du Parti socialiste et (dans une moindre mesure) d’Europe-Écologie-Les-Verts.

Ce vote à gauche, tant dans la région Nord-Pas-de-Calais que dans la région Picardie (qui ont fusionné à la suite de la réforme territoriale initiée en 2014), se répétait depuis plus de vingt ans.

Cependant, à l’image des municipales de 2014, la popularité désastreuse de François Hollande et de sa politique menée à la tête du pays va se traduire régionalement où les électeurs vont clairement sanctionner les partis ayant des membres au sein du gouvernement de l’époque.

C’est ainsi que la liste officielle du Parti socialiste ne dépassera pas les 20 % au premier tour, là où elle avait réalisé presque 28 % cinq ans auparavant, terminant ainsi à la troisième place.

Quant à EELV, après un très honorable 11 % en 2010, les 5 % ne seront même pas atteints.

Dans le même temps, Xavier Bertrand prend la tête de la liste des Républicains, expliquant sur tous les plateaux de télévision qu’il avait compris que les Français attendaient de lui (et de ses comparses) une autre manière de faire de la politique.

Adieu donc le cumul des mandats, la langue de bois, les petits arrangements entre amis, les sempiternels cadeaux aux lobbies et la recherche de l’enrichissement personnel.

Preuve allait en être l’abandon immédiat de ses mandats de député de l’Aisne et de maire de Saint-Quentin en cas de victoire aux régionales.

Une fois à la tête de la région, Xavier Bertrand respecta effectivement cette promesse d’abandon.

Mais pour le reste, on ne pouvait faire pire.

Un candidat de l’ancien monde aux méthodes dépassées

Si Xavier Bertrand tente depuis plusieurs années de se faire passer pour un élu moderne, atypique, au point de s’auto-estimer comme étant une alternative crédible à Emmanuel Macron en 2022, il n’en est rien : ce n’est ni plus ni moins qu’un homme politique issu de la droite traditionnelle dont il applique les méthodes ancestrales et anachroniques depuis le début de sa carrière.

C’est ainsi que, dans la cadre des régionales de 2015, le monde de la chasse représentait à ses yeux un électorat potentiel hors norme. Pourquoi ? Parce qu’il a une oreille attentive envers le lobby cynégétique qui lui susurre un nombre de pratiquants en totale déconnexion avec la réalité du terrain (pour rappel, si l’on comptait presque 2,5 millions de chasseurs au milieu des années 70, il en reste moins de 800 000 aujourd’hui, soit 1,2 % de la population française).

Dans l’esprit de Xavier Bertrand, sa victoire ne pouvait donc passer que par l’affichage de sa soumission au monde cynégétique.

Cela se traduisit par l’incorporation au sein de sa liste de Frédéric Nihous, dernier candidat du parti Chasse Pêche Nature et Traditions (CPNT) lors d’une élection présidentielle. Ce fut en 2007 et le sieur Nihous, avec un programme dépassant le seul cadre de la chasse, atteignit péniblement 1,15 % des suffrages exprimés, finissant avant-dernier du premier tour.

Et également par la promesse de confier la présidence de la commission environnement de la région à un chasseur.

Promesse tenue, et de quelle manière ! Ladite présidence tomba entre les mains de Guy Harlé d’Ophove, transfuge et ancien conseiller régional du Front national, président de la fédération départementale de chasse de l’Oise. Guy Harlé d’Ophove est connu pour prendre un grand plaisir à participer à des chasses à courre en compagnie du préfet de l’Oise et à systématiquement attaquer devant les tribunaux administratifs les arrêtés municipaux pris par certains maires de son département dans le but de limiter la pratique de la vènerie autour des habitations. (1)

Objectif clairement annoncé par Guy Harlé d’Ophove dès son intronisation : faire disparaître toutes les associations de la région à caractère environnemental au profit des structures cynégétiques.

Pour cela, rien de plus simple : supprimer une bonne partie des subventions qui revenaient jusque-là à ces protecteurs de la nature et du vivant pour les rediriger vers celles et ceux qui, au contraire, passent leur temps à les détruire.

Le 2 mars 2018, le quotidien en ligne Reporterre nous apprenait, chiffres détaillés à l’appui (2), l’évolution desdites subventions entre 2016 et 2017 : les associations environnementales ont vu les leurs diminuer de 750 000 € (-36 %) tandis que les fédérations de chasse et leurs associations affiliées bénéficiaient d’une augmentation de 380 000 € (+2 700 % !)

Et ce n’est pas tout : en avril 2018, la fédération départementale de chasse du Pas-de-Calais installait un radar à oiseaux à Etaples, ville portuaire. Objectif : tenter d’obtenir des données différentes de celles déjà connues et relevées par des scientifiques, et bien entendu favorables à des périodes de chasse plus longues des espèces concernées. (3)

Coût du nouveau jouet des chasseurs locaux : 400 000 €… dont 226 000 € financés par la région.

Un exemple malheureusement parmi tant d’autres

Voilà donc l’exemple parfait de l’homme politique totalement soumis aux lobbies qui l’entourent, ce pour une seule raison : obtenir le pouvoir, ainsi que le statut social et la confortable rétribution qui l’accompagnent. (4)

Ce profil de personnage, on en trouve malheureusement plus d’un dans la caste politique française actuelle. Il suffit de regarder les autres conseils régionaux en place : en Île de France, Valérie Pécresse a accordé en 2019 la somme de 57 500 € qui ont servi à financer l’introduction de faisans d’élevage, véritable chair à canon des chasseurs locaux (5). Quant à Laurent Wauquiez, à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, c’est un chèque de pas moins de 3 millions d’euros qu’il a signé au profit du monde cynégétique. (6)

Au vu de ces exemples, ne croyez surtout pas que cette servilité et cette générosité est l’apanage de la droite. La gauche sait présenter les mêmes travers. Preuve en est Ségolène Royal qui, en 2017, alors qu’elle était ministre de l’Environnement, faisait la promotion de l’intervention des chasseurs dans les écoles et donnait des consignes afin que les chasseurs ne respectant pas les dates de fermeture de la chasse des oies sauvages ne soient pas sanctionnés. (7)

 

Il ne fait plus aucun doute, aux yeux du monde scientifique, que la sixième extinction de masse a déjà commencé, que l’espèce humaine en est à l’origine, remettant ainsi en cause non seulement l’existence de toutes les autres espèces, mais également sa propre survie. (8)

De ce fait, le comportement de toutes ces femmes et tous ces hommes politiques sont d’une irresponsabilité hors norme. Il est plus qu’urgent de leur retirer, aux prochaines échéances électorales, le pouvoir décisionnaire qu’ils détiennent et de le confier à une force politique consciente de la situation, responsable, qui s’en servira non pas comme un droit de vie ou de mort utilisé aux fins d’enrichissement d’une minorité, mais comme un outil pour remplir le devoir qui lui aura été confié, à savoir préserver la plus grande valeur qui soit sur cette planète : le vivant.

 

  1. https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2019/12/06/chasse-a-courre-la-bataille-de-l-oise_6021963_4497916.html

  1. https://reporterre.net/Dans-les-Hauts-de-France-Xavier-Bertrand-fait-la-chasse-aux-ecologistes

  1. https://www.lavoixdunord.fr/567498/article/2019-04-16/les-chasseurs-vont-ils-tirer-parti-du-radar-oiseau-paye-par-la-region

  1. https://www.europe1.fr/politique/xavier-bertrand-multiplie-son-salaire-par-4-pour-compenser-la-fin-du-cumul-de-ses-mandats-2708251

  1. https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/biodiversite/la-region-ile-de-france-offre-t-elle-57-000-euros-de-subvention-aux-chasseurs-pour-qu-ils-achetent-5-000-faisans-a-tuer_3519337.html

  1. https://www.capital.fr/economie-politique/en-auvergne-rhone-alpes-laurent-wauquiez-renouvelle-les-aides-aux-chasseurs-1320643

  1. https://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/01/30/97001-
    20150130FILWWW00462-chasse-aux-oies-fermeture-le-31-janvier.php


  1. https://www.nationalgeographic.fr/environnement/la-sixieme-extinction-massive-deja-commence

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