Le printemps silencieux : nous devons sauver nos oiseaux

La perdrix grise, un oiseau à la silhouette arrondie et essentiellement terrestre, aime cheminer lentement dans les plaines cultivées pour se nourrir à l’aube et au crépuscule. Mais trouvera-t-elle encore graines saines et des insectes pour nourrir ses petits dans les mois et les années qui viennent, en France et ailleurs? Entendra-t-on encore son «pitt pitt pitt» signalant un danger résonner dans les campagnes ?

Ces galliformes sont en grand danger, et ce ne sont pas les seuls oiseaux à être menacés. Les dernières études scientifiques sont sans appel : c’est une catastrophe écologique sans précédent qui s’opère sous nos yeux.

Des études qui se succèdent

Le Muséum national d’Histoire naturelle et le CNRS de Chizé tirent la sonnette d’alarme à juste titre. Il n’y a qu’à lire les chiffres des relevés conduits depuis 1989 par le « Suivi Temporel des Oiseaux Communs » (Stoc), repris le 20 mars 2018 dans de nombreux médias et soulignés par la Ligue de Protection des Oiseaux pour se rendre compte de la situation : «des espèces spécialistes comme le Bruant ortolan ou l’Alouette des champs ont perdu 30% de leur effectif en 15 ans, alors que le chiffre monte à 80% chez la Perdrix rouge, dans le département des Deux-Sèvres». La fauvette grisette, la linotte mélodieuse, la tourterelle des bois, elles aussi sont décimées… Ces résultats viennent confirmer les résultats d’une étude britannique publiée en novembre 2014, qui estimait à 421 millions le nombre d’oiseaux disparus en Europe depuis 1980, en particulier des espèces aussi communes que le moineau domestique, l’étourneau sansonnet, la perdrix grise et l’alouette (source : Journal de l’environnement).

En zones agricoles, les populations d’oiseaux ont donc perdu en moyenne un tiers de leurs effectifs en 15 ans, un chiffre effarant quand on sait que ce déclin s’est encore intensifié ces deux dernières années en 2016 et 2017.

A qui la faute?

On connait les principaux coupables : les pratiques agricoles, à base de pesticides, menées depuis des décennies, ont anéanti les insectes et les écosystèmes autour des cultures. En éradiquant les insectes de nos céréales, elles mêmes enrobées de produits mortels, on prive de nourriture cette avifaune qui en a besoin surtout en période de reproduction et pour les poussins.

«Fin des jachères imposées par la Politique agricole commune, flambée des cours du blé, recours au nitrate, généralisation des insecticides néonicotinoïdes (neurotoxiques très persistants)…», le constat est le même dans toute l’Europe de l’Ouest, précisent ces études.

Le Rassemblement des Ecologistes pour le Vivant (REV) rappelle également que les chasseurs ne font pas toujours la distinction entre les espèces menacées et les autres, que dire alors des braconneurs… Il y a d’ailleurs encore trop de victimes collatérales de la chasse pour tolérer ces pratiques que nous souhaitons abolir.

Que peut-on y faire?

Alors que fait-on? Les oiseaux jouent un rôle primordial dans les écosystèmes, en dispersant les graines notamment. Nous ne voulons pas les voir disparaitre pour de nombreuses raisons. Les écologistes, les défenseurs de la nature et du vivant le martèlent depuis longtemps, sans être écoutés. Le REV soutient ces propositions maintenant connues : il est plus que temps de changer l’ensemble de ce modèle et de ces pratiques agricoles mortifères, en envisageant l’agriculture d’une toute autre façon.

Comment? En arrêtant les pesticides et donc en généralisant l’agriculture biologique, en luttant contre l’artificialisation des sols et des milieux, en reconstruisant le milieu naturel, en établissant un couvert végétal permanent, ou encore en arrêtant les grandes monocultures.

Chacun peut agir en cessant d’utiliser des insecticides/phytosanitaires dans son jardin, en replantant des haies et des talus, en laissant les mares et des espaces préservés, pour tenter de reconstruire les chaînes alimentaires. Les consommateurs ont ici un grand rôle à jouer: ne plus acheter de produits traités chimiquement, et favoriser ceux issus de la permaculture, des petites exploitations qui vendent en direct.

Rassemblons-nous autour du Vivant

Nous risquons de perdre jusqu’à 50 % des espèces dans les régions du monde les plus riches en biodiversité d’ici 2080, l’heure est vraiment grave. Rassemblons-nous pour éviter de découvrir régulièrement les études qui pointent la menace évidente sur la biodiversité.  Nous ne voulons pas de cette 6e extinction massive d’espèces à l’échelle mondiale. Le REV proposera dans son programme une série de mesures afin de protéger les oiseaux en urgence, ce qui passera par des propositions concrètes en agriculture, à commencer par l’abolition définitive et inconditionnelle des pesticides.

4 Commentaires sur “Le printemps silencieux : nous devons sauver nos oiseaux

  1. Poncet Arnaud says:

    Triste nouvelle passée inaperçue, comme celle du dernier rhino blanc mâle mort cette semaine. Que pouvons nous faire pour sensibiliser plus de monde à ce drame qui arrive et qu’on ne peut plus empêcher.

  2. DIAZ DE AVILA says:

    Il y a tant a faire… Que le REV est le bienvenu, nous aurions déjà du le créer depuis longtemps mais des hommes courageux comme Aymeric Caron ne courent pas les rues, et les anonymes comme moi par exemple n’avons pas assez de « crédit » auprès des média cars tout ou presque passe par l’information et sensibiliser l’opinion publique pour la faire réagir est assez difficile sans l’outil média qui doit rester un outil et rien d’autre. Bravo Aymeric Caron je suis avec votre combat à 200%

  3. FAROUX says:

    Je vis à la campagne et j’ai la chance d’avoir un terrain assez grand 1800 m2 mais ce terrain ets riverain de champs, mais, betteraves, je nourris les oiseaux l’hiver mais je continu en ce printemps car je m’aperçois qu’ils sont de plus en plus nombreux à venir et je pense que ça n’est pas parce que les différentes espèces sont en nombre croissant mais parce qu’ils ne trouvent plus à manger ailleurs, je vois même des écureuils qui avant ne venaient pas.

  4. Louis says:

    Les oiseaux c’est mignon, plus c’est gros, plus cela nous interpelle, mais en Europe, c’est 80 % des insectes volants qui ont disparus, 80 %, ce n’est pas 1/3, mais les 3/4… Plus d’insectes autour des lampadaires, sur les pare-brises… L’effondrement c’est maintenant…

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