La monnaie locale : une belle idée qui se développe

Par Brigitte Jelen, adhérente REV région Auvergne-Rhône-Alpes

Le concept de monnaie locale est une invention des années 1980 qui se développe fortement depuis une dizaine d’années avec l’accentuation des crises financières, économiques et environnementales. Il existe aujourd’hui près de 5000 monnaies locales complémentaires dans le monde, dont une soixantaine en France. Gros plan sur l’exemple franco-suisse : La Monnaie Léman.

Genève, ses organisations internationales (l’ONU, la Croix Rouge), son lac, son jet d’eau, son niveau de vie élevé… Mais savez-vous que la ville de Rousseau et Calvin est devenue depuis quelques années un véritable laboratoire d’expériences et de politiques progressistes et écologiques? 

Parmi celles-ci nous pouvons citer l’interdiction de la chasse sur le Canton (votée par référendum en 1974), une loi (Fédérale celle-ci) très stricte sur la détention des animaux de compagnie et sauvages qui inclut autant les chiens/chats que les cochons d’inde ou les homards (qui ne peuvent être transportés hors de l’eau ou ébouillantés vivants), une politique d’accueil des étrangers généreuse en rapport avec sa population (environ 40% de la population du Canton), un label de qualité pour l’agriculture locale (Genève Région – Terre d’Avenir), et depuis 5 ans une monnaie locale, solidaire et transnationale appelée Monnaie Léman. 

Le Léman est bien entendu aussi le nom du Lac que Genève partage avec le Canton de Vaud et la Haute-Savoie. En effet, une des particularités de cette monnaie – exemple unique en son genre – est d’être transnationale, utilisable dans toute la région genevoise, coté français et coté suisse. 

Le Léman

La Monnaie Léman est née en 2015, grâce à un groupe de citoyens préoccupés par la monté des inégalités et la fragilisation des économies locales balayées par la globalisation et les politiques d’austérité. La vie sociale, professionnelle et commerciale des résidents de la région étant complètement transnationale, il était évident pour tous que cette monnaie devait aussi l’être. Le président de la Monnaie Léman est Jean Rossiaud, élu Vert genevois et figure de l’activisme local. 

Le Léman existe à la fois sous forme électronique et sous forme de billets de 1, 5, 10, 20 Lémans. Il n’y a pas de pièces ou de billets de 50 ou 100 pour éviter les risques de faussaires. Elle est indexée sur le franc suisse selon le taux simple 1 CHF = 1 Léman et peut être achetée en ligne ou bien dans certains “bureaux de change” spécifiques à Genève. Elle fonctionne en collaboration avec la BAS, Banque Alternative Suisse, une banque spécialisé dans le commerce équitable et les projets alternatifs. 

Il y a deux utilisations principales du Léman: comme des bons cadeaux ou tickets-restaurant dans un(e) des 450 établissements / entreprises partenaires de la région, ou bien comme crédit/débit dans un système de crédit mutuel avec les autres utilisateurs du réseau. Le crédit mutuel permet à ses membres d’échanger entre eux des biens et des services sans les payer sur-le-champ. Au moment de la transaction, le vendeur est crédité du montant de l’échange sur son compte et l’acheteur est débité de ce même montant. Chaque acteur est susceptible d’être acheteur ou vendeur, alternativement, au sein de la communauté de paiement, ce qui fait que de nombreuses transactions s’équilibrent. C’est une sorte de système de troc géré de facon centrale. 

La monnaie, objet politique

Avec à peine 30.000 Léman en circulation et environ 450 prestataires qui l’acceptent, il est évident que l’impact économique de ce type de monnaie est faible, surtout pour les particuliers. Le but principal de ce type de monnaie pour le moment est surtout de favoriser les échanges locaux, de mettre en avant le role de la Banque Alternative Suisse (et son soutien aux actions alternatives dans la région) et par dessus tout de créer des liens entre les habitants de la région par le biais de rencontres, festivals, conférences, etc. 

Selon Christian Arnsperger, professeur de durabilité et anthropologie économique à l’Université de Lausanne, « cette envie de pluralité, d’ouverture du champ de la création monétaire est une preuve que la monnaie est un objet politique et pas seulement un instrument neutre. On veut pouvoir faire des choix sur nos modes de vie et nos choix de société, il y a vraiment un mouvement qui prend de l’ampleur ». 

Ce type de projet, local et solidaire, rejoint complètement les objectifs du REV au niveau économique tels qu’ils sont définis dans sa charte. Notamment, la monnaie locale permet d’utiliser l’argent comme outil pour faciliter les échanges (sa fonction historique originelle) et non comme valeur spéculative. Associée à une banque solidaire (comme dans le cas du Léman), elle permet de soutenir et protéger aussi certains projets locaux qui n’auraient peut-être pas été soutenus par des banques traditionnelles. 

En conclusion, le principal avantage d’une monnaie locale n’est pas économique mais humain et politique. C’est la création ou la consolidation d’une communauté dans un but solidaire, une redéfinition de notre relation à l’argent comme outil d’échange, sortir l’argent d’une dynamique spéculatrice, et surtout lui enlever le pouvoir de domination qu’il exerce sur notre vie pour retrouver le sens de la richesse véritable, notre terre, notre savoir faire, nos relations aux autres: “Terre, Âme, Société” dirait Satish Kumar.

.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *