Eteindre… pour défendre le Vivant

Par Jean-Henry MAISONNEUVE, adhérent REV région Occitanie 

Depuis ce dimanche 1er juillet 2018, les entreprises ont l’obligation d’éteindre les enseignes lumineuses et les vitrines entre 1H et 6H du matin. La mesure remonte à 2013, mais elle n’entre en vigueur que maintenant. Son objectif ? Tenter de limiter les dangers et les troubles aux personnes, à la faune et aux écosystèmes et le gaspillage énergétique.

S’il est agréable de se balader la nuit sous les lumières de nos villes, gardons à l’esprit les problèmes posés par ces illuminations : la pollution lumineuse nuit aux écosystèmes et incite à la consommation. Elle représente des coûts inutiles et au détriment du Vivant.

Les impacts financiers, surtout en fin d’année

Chaque année, nous assistons à une explosion de lumières artificielles dont les conséquences climatiques et énergétiques sont incontestables. De plus, le recours à ces illuminations intervient de plus en plus tôt dans l’année, éclairant les zones et rues commerciales dès les premiers jours de novembre, voire d’octobre pour certaines villes. Pire, certaines illuminations restent allumées 24h/24h, sept jours sur sept, quatre mois durant !

Une étude menée depuis 2007 par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) montre que la consommation de ces décorations a été estimée à 75 millions de kWh en 2014. Soit la consommation de plus de 158.000 réfrigérateurs.

Cette carte interactive montre les dépenses réalisés par 10 villes françaises en termes d’illuminations de leurs rues à l’occasion des fêtes de fin d’année. Les chiffres indiqués sont éloquents.

Après un calcul élargi à 16 villes françaises, sur une durée moyenne de 41 jours d’illumination, le coût moyen global monte à 490 600 € et le nombre moyen de guirlandes sur ces villes serait de 22 kilomètres.

Si les illuminations de fin d’année représentent un budget conséquent, c’est qu’elles sont un enjeu commercial pour ces communes : illuminer les centres villes incite les gens à s’y rendre, et donc à entrer dans les commerces pour faire leur shopping. En période de fêtes, le nombre d’achats effectués dans les rues illuminées augmente de 30 %.

Il est vrai que ces dépenses liées aux illuminations commencent à être maîtrisées par les communes : les LED, les diodes électroluminescentes, remplacent les ampoules classiques. Elles consomment entre 60 et 75 % d’électricité de moins que leurs aînées. Par ailleurs, des villes choisissent d’éteindre les illuminations vers 23 heures ou minuit au lieu de les laisser briller toute la nuit.

Mais il reste que cette efficacité énergétique améliorée ne doit pas justifier une multiplication du nombre d’ampoules, au risque de perdre d’un côté ce qui a été gagné de l’autre. Le nombre de kilomètres – guirlandes ne fait qu’augmenter depuis 20 ans !

La campagne n’est pas épargnée

Et vous pensez peut-être que nos campagnes sont davantage protégées ? Que nenni ! Les habitants des petits villages paient 20 fois plus cher que ceux des grandes agglomérations. Cela peut paraître injuste, mais il y a une explication :

–  L’effort financier est mieux réparti dans les grandes villes, puisque la population est plus importante;

–  Dans les communes rurales, les municipalités se chargent de la besogne. Dans les grandes villes, des sociétés privées dont les groupements et associations des commerçants financent de plus en plus ces investissements ; mais en bout de course, qui paie réellement, si ce n’est le client du commerçant, à savoir le français lambda !

Force est de constater que prestige et grandiloquence amènent un certain nombre de collectivités locales et de grandes chaînes de magasins à généraliser des décorations lumineuses qui ont un coût financier non négligeable.

Ces investissements somptuaires laissent songeurs en période de vaches maigres budgétaires. Et il est évident que ce gaspillage électrique est un signal négatif envoyé à toutes celles et ceux qui n’attendent qu’un geste pour justifier leur inaction en termes de développement durable.

Les impacts sur le Vivant

La multiplication des illuminations faites par les collectivités locales entraîne donc un gaspillage énergétique considérable qui embrase nos villes et campagnes à tel point que cette course au chatoiement généralisé réussit le tour de force d’éteindre nos nuits… Plus de 80% de l’humanité vit sous des cieux inondés de lumière artificielle et le tiers de la population de la planète ne peut jamais voir la Voie lactée.

Ces illuminations contribuent à la pollution lumineuse qui nuit à l’environnement nocturne. En dix ans, le nombre de points lumineux a augmenté de 30 % en France : en recourant à la lumière artificielle, l’alternance du jour et de la nuit s’estompe et les spots de lumière sont une source de dégradation des écosystèmes.

En ville, la lumière artificielle attire les insectes qui deviennent la cible de tous les prédateurs en se concentrant en un seul et même endroit. La grande majorité des espèces de chauves-souris, ne chassant que dans une obscurité totale, déserte les clochers, les lieux historiques, les cavités à cause d’un éclairage digne de Las Vegas.

De ce fait, certaines espèces ont totalement disparu des régions urbanisées. Avec plus de 8,7 millions de points lumineux, l’ensemble des animaux sont perturbés dans leur orientation ou présentent des troubles du rythme biologique.

Les collectivités locales doivent suivre le mouvement

Selon le ministère de la Transition écologique et solidaire, l’application de ce texte par les entreprises concernées permettrait de réaliser des économies d’énergie d’environ 800 GWh annuels pour les enseignes et plus de 200 GWh pour les publicités, soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle (hors chauffage et eau chaude) de plus de 370 000 ménages.

L’initiative semble donc aller dans le bon sens. Mais si cette mesure est réellement suivie, qu’elle soit suivie tout au long de l’année, par tout le monde, à commencer par les collectivités locales elles-mêmes !

Par Jean-Henry MAISONNEUVE, adhérent REV région Occitanie 

2 Commentaires sur “Eteindre… pour défendre le Vivant

  1. Céline.k says:

    Merci pour cet article.
    Je suis très heureuse de vivre dans un tout petit hameau qui, par faute de moyens, éteint les éclairages publiques dès 23h.. A nous les étoiles !

  2. LORENZI Josiane says:

    Dans mon village, entre minuit et 6 h, un système automatique en place depuis une dizaine d’années éteint un lampadaire sur deux. C’est un bon début…

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