Abandon des animaux de compagnie : un bilan alarmant

Par Jean-Henry Maisonneuve, Adhérent REV Région Occitanie

Le mois d’août touche à sa fin et les résultats sont déjà alarmants : en trois ans, le nombre d’abandons a augmenté de 20 % pour les chats et de 6,5 % pour les chiens. Les refuges sont saturés. Il est temps d’inverser cette tendance.

Malgré les campagnes de sensibilisation réalisées avant l’été – visionnez ce superbe clip, ou celui-ci réalisé en collaboration entre la SPA et la société d’autoroute APRR – beaucoup trop de nos concitoyens continuent à considérer leurs animaux domestiques comme des objets de consommation courante, que l’on peut jeter à volonté : il suffit qu’ils gênent, – parce qu’ils ne sont pas « autorisés »- ou qu’ils ne soient plus « utiles ». 

« Animaux non autorisés » me dit la petite annonce pour la location de ce gîte de vacances ou de ce mobil-home dans un camping. Pire ! « Animal autorisé : supplément 20€/semaine » m’indique ce site de réservation d’un hôtel d’une station balnéaire soi-disant « familiale »… Ces pratiques expliquent en partie la situation, mais pas que.

Entre lâcheté et manque de compassion

Ces propriétaires peu scrupuleux – que je qualifie de « voyous »- savent qu’ils s’exposent à une amende de 30 000 € et à une peine de deux ans de prison. Ils abandonnent donc leurs « amis » à quatre pattes dans des conditions encore plus difficiles pour l’animal : attaché la nuit au pied d’un arbre en pleine forêt, ou jeté de la voiture en pleine vitesse, toujours la nuit, en pleine zone déserte et inhabitée, et – geste encore plus lâche- déposé, toujours en pleine nuit, devant la maison d’illustres inconnus, faisant ainsi le pari que ces gens feront preuve de la compassion qu’ils n’auront pas été capables d’avoir eux-mêmes pour leur animal.

J’ai moi-même vécu cette situation. Je ne désirais pourtant pas d’animal de compagnie mais je ne regrette pas d’avoir ainsi récupéré Max le chien et Hermès le chat : en changeant de maître dans ces conditions, ils n’ont pas certainement perdu au change ! 

La loi qui prévoit cette répression n’empêche donc pas l’abandon des animaux, voire empire les conditions de cet abandon. En France, ils seraient ainsi 60 000 à 100 000 par an à être abandonnés par leurs maîtres. 

Alors, si la loi ne convient pas, que faut-il faire ? Revoir la loi ? Certainement pas, si elle ne fait que d’ajouter de la répression à la répression. 

La pédagogie en renfort

Tant que mes concitoyens ne se sont pas responsabilisés sur l’approche du Vivant, quel qu’il soit, préférons la prévention à leur égard et la pédagogie, en sachant innover tout en restant ferme et exigeant. 

Voici quelques propositions, réalisables – puisqu’elles se sont concrétisées ailleurs -, et formulées à partir de dispositifs et moyens tels qu’ils existent à l’heure actuelle dans notre beau pays de France. 

1 – Former les enfants dès l’école (CE1-CE2) à la détention d’animaux de compagnie, – tous les types d’animaux de compagnie- ; détenir un animal et en être responsable fait partie des valeurs citoyennes. Or les enfants des écoles et collèges sont actuellement formés à ces valeurs citoyennes – c’est au programme -, dans le cadre des actions conduites par les rectorats : pour ce faire, les écoles et collèges font appel aux membres de la Réserve Citoyenne de l’Education Nationale. Ces réservistes ont toutes les compétences pour se charger de cette mission, en appui aux équipes pédagogiques, car celles-ci ne peuvent pas avoir ces compétences, en plus de celles que les Pouvoirs Publics leur demandent sans cesse d’avoir. Telle est la vocation de la Réserve Citoyenne de l’Education Nationale, créée en 2015, suite aux attentats terroristes. J’en suis un membre actif et je vous avoue que je ne chôme pas.  

2 – Par ailleurs, on délivre des diplômes de Citoyenneté Française, des permis de conduire – moto, auto, camion, remorque, autocar…, des permis de chasse, des permis de pêche, des permis de construire… Même si ces permis n’empêchent pas fautes, bévues et autres incidents, et outre les autorisations de détention obtenues auprès des préfectures pour certains animaux dont la liste est prédéfinie, délivrons un certificat d’aptitude à la possession d’animaux de compagnie au terme d’une formation initiale et continue dédiée. En juillet 2018, la Belgique a fait ce choix pour la région de la Wallonie (1)

3 – Poser un transpondeur électronique (puce ou microchip)  systématiquement à chaque animal de compagnie détenu afin de faciliter son identification -et donc celle de son maître-, en intégrant la possibilité de repérer l’animal par GPS. Les technologies actuelles le permettent. Précision : si un chien, un chat, un furet, une souris, un serpent, un rat peuvent être pucés électroniquement, un oiseau peut être bagué et un poisson simplement enregistré. 

4 – Et donc, enregistrer tout animal de compagnie auprès de la mairie de son domicile : y déclarer naissances, disparition, maladies et décès. Ainsi qu’il est demandé de le faire à tout être humain vivant, de sa naissance à sa mort. Une fois enregistré, un recensement bisannuel permet d’actualiser les données et de repérer les causes injustifiées de disparition, entre autres.    

Rappelons que pour voyager avec des chiens, des chats et des furets à l’intérieur de la Communauté européenne, depuis le 3 juillet 2004, les conditions relatives aux déplacements des animaux de compagnie sont harmonisées dans le cadre des dispositions du règlement (CE) 998/2003 du Parlement européen et du Conseil du 26 mai 2003. Ces règles qui imposent un passeport, une identification obligatoire et une vaccination contre la rage pour ces animaux peuvent très bien être transposées pour une application au sein de chaque Etat Membre sous la forme, par exemple, d’une carte d’identité de l’animal de compagnie.

Adopter en refuge et boycotter les animaleries

 Si de plus en plus d’antispécistes se posent la question de la « détention » d’animaux de compagnie – qui implique par définition une captivité et donc une forme d’exploitation, même avec les meilleurs soins du monde -, de nombreuses personnes n’envisagent pas encore de se passer de la présence de compagnons non humains, indispensables à leur épanouissement et leur équilibre familial. 

Il est donc important d’insister sur l’acte d’adoption : puisque les refuges débordent, commençons par adopter les animaux abandonnés, et bannissons les animaleries qui souvent se fournissent de façon douteuse. Les éleveurs indépendants et consciencieux existent bien sûr, mais il faut prendre le temps de les connaître pour faire le bon choix. Enfin, la stérilisation, surtout pour les chats, est aujourd’hui un acte responsable, même si sujette à débats houleux.

En conclusion, pour éviter les abandons, il faut de la volonté. Volonté de qui ? De nos gouvernants ? Pas que… Je pense aussi à la volonté de chaque propriétaire d’animaux de compagnie. Je pense aussi au citoyen français lambda, en général. Et là, j’exprimerais bien quelques doutes face à certains comportements empreints d’incivilité et d’indignité quand il s’agit de respecter le Vivant.   

 

 

 

(1) A propos du gouvernement wallon, dans ce cadre, une loi a instauré le code du bien-être animal. Cette loi est révolutionnaire en Europe, car elle traite les animaux comme des êtres doués de sensibilité. Sur 12 chapitres et un total de 109 articles, ce code établit des règles strictes en matière de commerce des animaux, de pratiques sur les animaux (tests scientifiques ou mises à mort), leur conditions de transport, ou encore la violence. Entres autres mesures prises : interdiction de l’élevage en cage ou en batterie, mise en place de caméras systématiquement dans les abattoirs, ou encore fin des spectacles d’orques ou de dauphins en parc aquatique.

Il est certain qu’au même moment, en votant un texte ne reconnaissant plus les animaux comme des êtres sensibles, le Parlement britannique adopte une posture opposée à celle du Parlement wallon. Quelle pourrait donc être l’attitude du Parlement français ? L’option belge ? Mais « en même temps… », le choix britannique satisfait tellement aux exigences des lobbyistes… ! Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs : au boulot !

3 Commentaires sur “Abandon des animaux de compagnie : un bilan alarmant

  1. Daphné says:

    Il faudrait aussi que plus de gites acceptent les animaux, qui font partie de la famille. Cette terreur de tomber sur un allergique par la suite, qui se plaindra d’on ne sait pas trop quoi, génère trop de contrainte envers le reste d’entre nous qui nous portons bien. Ce n’est pas la faute aux allergiques, mais de quel droit imposent-ils leur sensibilité aux autres?

  2. Sandro Rato says:

    La détention d’un animal de compagnie (hors NAC) par un humain, dans la mesure où la relation est bénéfique aux deux êtres ne me semble pas poser de problème du point de vue antispéciste.

  3. VALERIE CHAUVIN says:

    Bravo pour cet article (alias Stanislas ?). Oui, il faut impérativement pouvoir identifier chaque animal de compagnie et donc son « propriétaire » pour que celui-ci puisse être sanctionné en cas d’abandon. Et oui, il faut instaurer une sorte de permis de détention d’animal domestique. Avec une notification, lors de l’adoption, de l’engagement et de la responsabilité que cela représente. Avec un rappel de la loi et des sanctions encourues en cas de mauvais traitement ou d’abandon. Avec un questionnaire concernant les motivations de l’adoptant, sa perception de l’animal et le degré d’investissement auquel il est prêt à consentir pour son bien-être. Par exemple, si à la question « pourquoi adoptez-vous ? », la réponse est : « pour faire plaisir à ma fille de 5 ans qui trouve les peluches trop inertes… », et si à la question « Comment réagirez-vous si votre animal est malade et que le vétérinaire estime à 400 € le montant de l’opération et des soins nécessaires pour lui sauver la vie ? », la réponse est « je le laisserai crever »… alors GAME OVER ! Je donne ce dernier exemple parce que, quand un de mes chats a eu une tumeur et que le montant des examens (échographie et bilan sanguin) + intervention chirurgicale + « forfait hospitalier » (il a du rester plusieurs jours en observation à la clinique, je confesse que je ne lui avais pas pris la chambre individuelle ni la TV !!! mais quand même…) + traitement post-opératoire… s’est élevé à une somme relativement astronomique et que le véto m’a demandé ce que je comptais faire… j’ai dit OK pour tout, évidemment, sans l’ombre d’une hésitation. C’est une évidence absolue pour moi qu’à partir du moment où j’ai choisi d’avoir des animaux, qui sont dépendants de moi, je ne leur ferai jamais défaut quoi qu’il arrive. Mais ce n’est pas évident pour tout le monde… Donc oui, faire en sorte que plus jamais un animal n’échoue dans un foyer qui n’est pas habilité à l’accueillir dans les meilleures conditions.

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